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L'ancienne tuilerie de la Chaplaudière

  • courmeminhier
  • 15 janv. 2016
  • 7 min de lecture

Les premiers tuiliers : les Massicard.

La première trace de la tuilerie de la Chaplaudière est donnée par l’état de section du cadastre : un four à briques a été construit sur la parcelle n° 99 de la section B. L’indication est portée en 1865.

Le propriétaire est Pierre Massicard.

Antérieurement, en 1852, la locature du lieu est constituée de bâtiments d’habitation, d’exploitation, toits à bestiaux disposés autour d’une cour, jardins attenants aux bâtiments. Quelques terres et pacages, ainsi que le petit « étang de la Cour » et l’étang du Maray complétent ces biens.

Il appartient à Marie Denis, veuve de Jacques Boulay, demeurant à Contres (L.-et-C.).

Le couple Massicard-Barbellion acquiert la Chaplaudière le 17 novembre 1856.

Il habite Courmemin depuis peu de temps : Pierre Massicard est alors tuilier au Coudray , l’autre tuilerie de la commune.

1865 – la famille Massicard s’installe à la Chaplaudière

1866 - Pierre Massicard, tuilier, 50 ans, vit avec sa femme Marie Barbellion et ses cinq enfants âgés de 12 à 23 ans, au lieu de la Tuilerie (il s’agit de la Chaplaudière).

Le recensement a été officialisé le 19 juin (signature du maire) Marie Barbellion est décédée le 15 du même mois. Son mari décédera quatre ans plus tard (décembre 1870) : c’est la disparition des « Massicard fondateurs ».

L’inventaire faisant suite au décès de Marie Barbellion nous apporte peu de renseignements .

La partie de la prisée liée à la tuilerie, se décompose ainsi :

« […]30° - Trois coins en fer, un bois de lit, une tinette, un décalitre (mesure), un moulin à blutter, un tarare et un cuvier à lessive le tout prisé quarante-huit francs.

31° - Six mille briques, tuiles et faîteaux en terres non cuites prisés quarante deux francs,

32° - Deux hectolitres de chaux prisés quatre francs,

33° - Cent cinquante bourrées de sapin prisées quatre francs cinquante centimes […] »

Pas d’outillage spécialisé, ni machine …

Le second inventaire, fait en 1871 après le décès du mari, n’apporte pas plus d’éléments.

La prisée porte uniquement sur des produits fabriqués à la tuilerie, sur des matériels agricoles et du fourrage.

« […] Dans la tuilerie :

19° Trois mille briques doubles crues, six mille tuiles crues, trois cent carreaux à four en terre crue, huit cent briques simples en terre cuite, cinq mille carreaux de maison, le tout prisé cent vingt quatre francs cinquante centimes.

20° Deux mille cinq cent tuiles en terre cuite, mille carreaux en terre cuite, deux mille briques doubles en terre cuite, onze affaîteaux en terre cuite, le tout prisé cent vingt neuf francs quarante centimes.

21° Un tombereau prisé quarante-cinq francs

22° Une charrette prisée soixante francs

23° Trois cents bourrées de sapin prisée neuf francs

24° Une charrue dite tête de vache, une autre charrue dite versoir, une herse à dents de fer, le tout prisé à trente-cinq francs

25° Environ six milles kilogrammes de foin, environ deux mille kilogrammes de paille prisés cinquante francs […] »

Les enfants prennent le relais de leurs parents : la Chaplaudière est une exploitation familiale .

Pierre, l’aîné, est l’agriculteur : marié à Ernestine Trottignon, il a deux jeunes enfants.

Sa sœur Marie travaille avec lui.

Charles, 29 ans, est le tuilier : époux d’Ernestine Bonneau, il emploie ses deux frères, Baptiste et Joseph.

En 1872, on ne compte pas moins de 17 personnes vivant en ce lieu . .

Un nouveau four

En 1877, Pierre Massicard fait construire un nouveau four à tuiles : il est le propriétaire de la tuilerie. Il est probable que ce nouveau four soit celui que l’on voit sur les cartes postales du début du 20e siècle.

Il est du même type que celui du Coudray, seule la parte supérieure est différente : le corps est surmonté d’une voûte comportant quatre cheminées d’évacuation.

Il exploite la tuilerie durant de nombreuses années : il est présent en 1901.

Le 11 juillet 1902, il déclare à la mairie, l’accident survenu à l’un de ses ouvriers, Emmanuel Galland, âgé de douze ans, lequel «...en prenant une brique sous la presse s’est laissé prendre l’extrémité du pouce gauche laquelle extrémité a été coupée » …

Emmanuel est l’un de ces enfants employés dans les tuileries de Sologne.

Depuis 1841, une loi fixe le travail des enfants. Elle s’applique aux ateliers et manufactures : sur les rapports faits à la préfecture, on ne cite jamais les petites exploitations familiales telles que les tuileries.

Les recensements des années 1846 et 1851 indiquaient déjà que des enfants, âgés de 12 et 13 ans, étaient employés à la tuilerie du Coudray.

En 1880 ces pratiques étaient notées dans les rapport adressés à l’administration : mais, il y sera aussi précisé que les tuileries ou fours à chaux ne font pas partie des établissements industriels soumis à ce règlement.

Un commentaire fait sur un de ces courriers adressés à la préfecture est très explicite sur ce point :

« [...] les enfants de 12 à 16 ans sont ceux qui dans les tuileries portent les produits de l’ouvrier mouleur au séchoir, leur agilité est plutôt exigée que leur force. Rien n’est compromis dans leur constitution ; et quand chez eux il y a fatigue, leurs jambes seules ont souffert, surtout au début ; il n’y a pas lieu de s’en préoccuper parce qu’après quelques jours d’espacement, la fatigue a disparu. Ces enfants souffrent moins que dans l’état de bourbier qui heureusement disparaît de nos industries agricoles […] ». Malgré de nombreuses modifications des textes, le travail des enfants est toujours un problème en ce début de XXe siècle.

Le 14 août 1905, c’est son fils Sylvain (il a pris la relève…) qui déclare un accident du travail survenu à l’atelier de moulage de la tuilerie : « … en broyant de la terre au cylindre, Roulin Jules ouvrier, s’est fait écraser le pouce gauche dont l’ongle a été en partie arraché .. ».

Sylvain, né à Courmemin le 20 juillet 1879, a épousé Silvine Audebert, originaire de Villeherviers.

En 1906 Pierre Massicard vit toujours à la Chaplaudière avec sa femme.

Des ouvriers tuiliers limousins travaillent à la tuilerie : Louis Leureau, Léonore Deserault, François Dupetit et Henri Royer viennent respectivement de Montgibaud (Corrèze), Meuzac (Haute-Vienne), Masseret (Corrèze) et Château-Chervix (Haute-Vienne).

Deux ouvriers solognots, natifs de Gièvres et de La Ferté-Saint-Cyr (L.-et-C.), complètent le personnel de la tuilerie.

La tuilerie de « la Petite Cour ».

C’est à partir de 1911 qu’on évoque ce lieu-dit. Il s’agit de ne plus confondre la tuilerie et la métairie : les deux propriétaires sont des Massicard (des cousins germains).

Les habitants du village contourneront la difficulté d’une autre façon : ils évoqueront les « Massicard du haut » et les « Massicard du bas ».

Une machine à vapeur est installée : elle alimente une mouleuse.

Sept ouvriers travaillent à la tuilerie : âgés de 17 à 21 ans, ils viennent pour la plupart du sud de Limoges. Quatre d’entre eux sont originaires de Meuzac (Haute-Vienne), deux de Saint-Maurice et de Lubersac (Corrèze). Le dernier est solognot, il est né à Romorantin (L.-et-C.).

Nous ne savons pas quelle fut l’activité de la tuilerie entre 1911 et 1921.

Silvain Massicard est mobilisé en août 1914 ; puis maintenu aux Services auxiliaires à cause d’une raideur de la deuxième phalange de l’index droit.

Il est démobilisé le 28 février 1919 et se « retire » à Courmemin, comme le précise l’administration militaire. Il a été absent pendant presque cinq ans ; son père est décédé en 1915. L’activité de la tuilerie fut sûrement très réduite, voire inexistante : elle est vendue peu après son retour.

Raoul d’ASSY « exploitant »

Raoul d’Assy est le nouveau propriétaire-exploitant à la « Petite Cour » .

Le recensement de la population de Courmemin en 1921 précise qu’Eugène Beaufour est un ouvrier tuilier de « l’exploitant d’Assy ». Il est le fils d’Hubert d’Assy propriétaire du château de la Ravinière commune de Fontaines-en-Sologne (L.-et-C.)

Jules Fougereux.

En 1926, Raoul d’Assy n’exploite plus la tuilerie : Jules Fougereux est le nouveau propriétaire.

Né en 1885 à Marcilly-en-Gault (L.-et-C.), il se déclare commerçant à son arrivée à Courmemin. Il réside dans le bourg.

Eugène Beaufour, le tuilier de l’exploitant d’Assy, devient le « contremaître » de Fougereux .

Pendant ces années d’exploitation, trois ou quatre familles vivent à « la Petite Cour » : un cultivateur, les autres seront les tuiliers.

La tuilerie mécanique Fougereux est aussi un revendeur des produits des « Grandes Tuileries mécaniques ». Jules Fougereux exploite la tuilerie de 1926 à sa mort (13 juin 1940)

La tuilerie ne fonctionnera pas pendant la seconde guerre mondiale.

Après la seconde guerre mondiale.

La reprise des activités ne se fera qu’en 1945. Marcel Riclet, artisan peintre, né à Mur-de-Sologne en 1910, gendre de Jules Fougereux, reprend la direction de la tuilerie.

Il est aidé par deux tuiliers : Charles Chauvin et Georges Moreau.

Il exploitera la tuilerie jusqu’en 1953.

L’argile était extraite prés de la tuilerie, en face des maisons d’habitation, de l’autre coté du chemin de Vernou-en-Sologne. Elle était acheminée par des wagonnets sur rail tirés par des chevaux (elle est composée de traverses en acier rivées aux deux rails, ainsi la voie peut se décomposer en travées toutes faites, facilement démontables et transportables). Il s’agissait probablement d’un système Decauville. Ce système était déjà utilisé avant la mort de Jules Fougereux (avant 1940).

..« Généralement, nous ne brûlions que des bourrées de sapin ; mais on a aussi brûlé du taillis, en bouts d’un mètre …. même du charbon, après avoir supprimé la voûte du four et installé des grilles… racontait Marcel Riclet.

La vue aérienne du village des années 1950, montre cette évolution du four de la Chaplaudière : il comporte une cheminée centrale à la place de la voûte.

La tuilerie employait six personnes à plein temps durant toute l’année ».

Tous les matériels nécessaires à la tuilerie étaient achetés à la maison Joly, de Blois.

« Après la guerre, on nous demandait de fournir certains centres comme Blois pour la reconstruction des quartiers détruits pendant la guerre…, précisait encore Marcel Riclet. Malheureusement, le prix imposé était inférieur au prix de revient de nos produits ..».

Ce fut la fin de l’activité de la tuilerie.

Marcel Riclet est le dernier exploitant de la tuilerie de la « Petite Cour ».

Il reprend son métier d’artisan peintre.

La tuilerie du Coudray cesse son activité environ six mois après : c’est la fin des tuileries de la commune de Courmemin.

Voir cet article dans le bulletin trimestriel du GRAHS (Groupe de Recherches Archéologiques et Historiques de Sologne) Tome 28, n°2, avril-juin 2006.

 
 
 

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